• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
20/09/2016

Sommes-nous dans une situation de trappe à liquidité ?

Nous vous proposons de découvrir le second article de notre triptyque sur la Trappe à Liquidité

Voilà plusieurs années que plane sur les pays industrialisés (Etats Unis, Japon, et pays de la Zone euro) l’ombre de la trappe à liquidité. Notamment, depuis le début des années 2000, une question revient de manière lancinante : les économies des pays industrialisées sont-elles dans une situation de trappe à liquidité ? C’est à cette question que nous allons tenter de répondre dans ce deuxième article de notre triptyque autour du thème de la trappe à liquidité.

Les économies des pays industrialisées sont-elles dans une situation de trappe à liquidité

L’ombre de la trappe à liquidité pèse depuis plusieurs années sur les économies des pays industrialisés ; Paul Krugman, pour ne citer que lui, affirme même dès 2010 que ces économies sont dans une situation de trappe à liquidité[1]. La question de cette trappe est particulièrement prégnante au sein de la zone euro, sur laquelle notre attention va se focaliser.

Comme le montre le graphique 1, la zone euro est sortie de récession en 2014 après une chute du PIB de près de 4,5% en 2009[2] ; toutefois, cette reprise est inégalement répartie et est trop faible pour efficacement relancer l’économie[3], et amorcer une baisse durable du taux de chômage, toujours 3,5 points au-dessus de son niveau de 2007 pour la zone euro (+16,5 points en Grèce vs 2007) – cf graphique 2.

trappe à liquidité taux de croissance du PIB zone euro allemagne espagne italie grèce francetrappe à liquidité évolution du taux de chômage zone euro france italie grèce allemagne espagne Ce taux de chômage élevé explique en partie la faiblesse de la consommation. De plus, il fait peser une incertitude sur le niveau des revenus futurs, à la fois pour les personnes sans emploi mais aussi pour les travailleurs qui, pour un certain nombre, peuvent avoir peur de perdre le leur. Ceci se solde en France par un fléchissement de la consommation post-crise : entre 2008 et 2014, la consommation n’augmente que de 0,5% par an en volume vs. 2,2% entre 2001 et 2007[4]. Les ménages sont ainsi incités à renforcer leur épargne de précaution, afin d’être en mesure de supporter ce risque de perte de revenus. Ce phénomène est accentué par le niveau de taux bas : afin de compenser la baisse de la rémunération, ils vont accroître le montant qu’ils épargnent.

Par ailleurs, les individus sont incités à arbitrer entre l’investissement et le remboursement de leurs dettes. En effet, étant donnée la faiblesse de la rentabilité financière, ils peuvent se retrouver dans une situation où ils économiseront davantage en épongeant leurs dettes qu’ils ne gagneront en achetant un actif financier avec un niveau de risque raisonnable. Plusieurs banques françaises font état de cette situation dans leurs rapports financiers au travers de l’augmentation des remboursements anticipés, qui ne sont pas compensés par la production nouvelle. De plus, comme le montre le graphique 3, le taux d’épargne des ménages a diminué entre 2009 et 2012 avant de se stabiliser autour de 12,5%, et ce jusqu’en 2015, tandis que le taux d’investissement des ménages a diminué de manière continue sur l’ensemble de la période 2007-2015. L’écart entre les deux taux s’est donc creusé entre 2012 et 2015 malgré la baisse continue des taux directeurs de la BCE (cf. graphique 4) ainsi que des taux auxquels les ménages peuvent emprunter.

trappe à liquidité taux d'épargne vs taux d'investissement des ménages dans la zone euro

trappe à liquidité quantitative easing évolution des taux directeurs BCE FED banque centrales

Soulignons ici que les Banques ont une propension à prêter plus faible dans ce contexte depuis la crise financière : malgré un taux de facilité de dépôt négatif, les dépôts auprès de la BCE restent bien au-dessus de leur niveau de 2008 (cf graphique 5). Cela signifie qu’elles paient des intérêts à la BCE en y plaçant la liquidité qu’elles ne prêtent pas à leurs clients. La politique de taux bas de la BCE n’a donc pas permis de stimuler l’offre de crédits et ainsi de relancer l’économie européenne.

trappe à liquidité facilité de dépôt taux quantitative easing fed bce banque centrale

Tous ces éléments – marché du travail atone, reprise limitée, hausse de l’épargne et faiblesse de la  demande de crédits dans un contexte de taux bas persistant, politiques monétaires de la BCE peu efficaces – corroborent l’idée que la zone euro est dans une situation de trappe à liquidité. 

Sia Partners

Notes & Références :

[2] Zone euro – 19 pays

[3] http://www.societegenerale.com/sites/default/files/documents/Econote/EcoNote_22_Zone_euro_FR.pdf

[4] Depuis la crise de 2008, les ménages réduisent leurs achats des biens et services les plus faciles à couper ou reporter  - Dossier INSEE - L’économie française, édition 2015 - Insee Références

 

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top