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04/12/2017

Interview de Tiphaine Saltini, CEO de Neuroprofiler

Tiphaine Saltini nous parle de sa RegTech Neuroprofiler et nous livre son point de vue sur l’écosystème RegTech européen.

Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a amené à fonder une RegTech ?

Par le passé, j’ai eu l’occasion de travailler en conseil et en banque, et je me suis aperçue que la façon dont le profilage de risque investisseur était fait dans la plupart des institutions, par l’intermédiaire de questionnaires papiers, présentait de nombreux problèmes de fiabilité, de conformité et d’expérience utilisateur. J’ai identifié cela comme une opportunité à laquelle on pouvait répondre par le digital. C’est pour cela que j’ai décidé de consacrer une partie de mon travail de thèse en finance comportementale à la conception de Neuroprofiler.

Qu’est-ce que Neuroprofiler et quelle est sa valeur ajoutée par rapport aux solutions existantes ?

Concrètement, nous proposons un jeu sérieux (« serious game » en anglais) permettant aux conseillers financiers de dresser un profil de risque de leurs clients scientifiquement robuste, tout en leur offrant une expérience utilisateur engageante, et dans le respect de la réglementation financière en vigueur, notamment MiFID 2. Mon associé, Julien Revelle, a apporté son expertise en machine learning pour rendre l’algorithme apprenant. Cela permet d’améliorer constamment la finesse de prédiction des profils de risque. Neuroprofiler permet de distinguer entre plus d’un million de profils de risques différents, car chaque client est unique. Il est capital que le conseiller financier ait une compréhension fine de la psychologie de son client pour lui proposer les produits et services les plus adaptés. Nous apportons donc une triple amélioration par rapport aux solutions existantes : expérience client ludique, méthodologie scientifique, et conformité.

Notre solution est proposée sous forme de plateforme SaaS et d’API qui peut être intégrée en marque blanche. De fait, nous pouvons proposer notre jeu aussi bien au Conseiller en Gestion de Patrimoine Indépendant qu’au grand groupe doté de plusieurs millions de clients.

Où en êtes-vous dans votre développement ? Avez-vous des clients ? Avez-vous levé des fonds ? Quels sont vos objectifs ?

Notre premier client et partenaire était le groupe BPCE. Depuis, nous avons commencé à travailler avec plusieurs grands groupes bancaires français et européens, et sommes en discussions avec cinq à six autres en France, en Suisse, au Luxembourg et aux Etats-Unis. Nous travaillons également avec d’autres acteurs de la FinTech, notamment des robo-advisors.

Nous avons effectué une première levée de fonds au printemps 2017, et préparons un second tour pour le début de l’année 2018. Cette levée de fonds devrait nous permettre de nous internationaliser, notamment aux Etats-Unis et en Asie où nous avons une carte à jouer. A l’international, nous ciblons dans un premier temps les banques privées et fonds de tailles moyennes, ainsi que les family office. Leur petite taille implique des cycles de vente plus courts que dans les grands groupes, que nous visons également à plus long terme. La levée de fonds nous permettra également de continuer à améliorer notre produit, en particulier du point de vue de l’expérience client et de la personnalisation de notre plateforme.

Comment décririez-vous vos relations avec les banques ?

Globalement, nos relations avec les banques sont sereines. Nous apportons une expertise qu’elles n’ont bien souvent pas en interne, et donc qui n’a pas vocation à les concurrencer. En général, il est plus facile de commencer à travailler avec la banque privée. Bien souvent, elle n’est pas aussi digitalisée que la banque de détail, ce qui signifie que nous pouvons apporter notre solution et la mettre en place sans difficulté majeure car tout est encore fait sur papier. En banque de détail, où le digital est déjà très ancré, l’intégration de notre produit passe par l’interface en ligne existante et donc a des implications plus lourdes du point de vue IT. Nous utilisons donc la banque privée comme porte d’entrée dans la banque et nous visons une généralisation par la suite.

Au sein de la banque, il est souvent plus facile de parler avec le marketing qui voit dans notre solution un facteur d’engagement client. Un autre interlocuteur fréquent est évidemment la compliance, même s’il arrive qu’elle nous perçoive comme une menace car nous réouvrons la boîte de Pandore du questionnaire MiFID sur lequel ils ont souvent beaucoup travaillé en interne.

Et avec le reste de l’écosystème FinTech ?

Nous entretenons d’excellentes relations avec le reste de l’écosystème FinTech également. Nous travaillons beaucoup avec les robo-advisors, soit comme clients, soit comme partenaires : nous proposons alors une intégration jointe de nos solutions à des clients bancaires. Globalement nous sommes bien souvent dans une démarche de collaboration avec les acteurs aussi bien traditionnels que nouveaux, d’autant plus que nous avons peu de concurrents : notre principal concurrent, c’est la solution développée en interne.

Quelle est votre vision de l’écosystème RegTech européen ?

Contrairement à beaucoup d’autres domaines, les RegTechs sont un domaine dans lequel l’Europe est potentiellement en avance sur le reste du monde au vu de notre appareil réglementaire particulièrement développé. La conformité est le sujet n°1 pour les banques, et pratiquement tous les acteurs sont en retard, quelle que soit leur taille. Les banques ne peuvent pas tout faire en interne si elles veulent être prêtes à temps. L’écosystème européen risque donc d’attirer la convoitise !

Sia Partners

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