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01/10/2018

Interview Arnaud Aymé, Associé chez Sia Partners, Spécialiste des transports

Arnaud Aymé, Associé chez Sia Partners, a été interrogé par Point Banque, magazine de la stratégie bancaire et des moyens de paiements, sur l'évolution des services de mobilité.

En tant qu’acteurs du financement et de l’assurance automobile, les banques sont intimement liées à l’évolution des services de mobilité – en particulier l’essor du véhicule autonome – qui peuvent rebattre les cartes et être sources autant d’opportunités que de menaces.

Quelles sont les principales stratégies mises en place par les institutions financières en France, en Europe et dans le monde ?

La stratégie des Banques a deux visages : d’une part elles assurent leur rôle de partenaire clé avec les constructeurs automobiles à travers leurs activités de crédits consommation - automobiles (BNPP PF, CACF…), d’autre part, elles investissent directement dans le secteur à travers leurs filiales de location longue durée (BNPP Arval, ALD Automotive…) en offrant des services de mobilité (MaaS) pour entreprises, progressivement ouvert aux particuliers.

Quels sont les nouveaux modèles économiques ?

Pour les activités traditionnelles bancaires, il faut repenser les modèles économiques. En matière de financement, anticiper les risques portés par les projets de voitures autonomes et adapter les modèles de financement en cohérence.

Concernant les métiers de l’assurance, l’avènement attendu des voitures autonomes se traduit par deux enjeux principaux : d’une part la raréfaction du nombre d’accidents (90% des accidents automobiles sont dus à des facteurs humains) qui peut remettre en cause les sources de revenus de la filière, et d’autre part l’absence de conducteurs qui pose la question de la responsabilité au cœur des modèles existants. Les banques – assureurs travaillent actuellement sur la refonte de leur modèle dans ce sens.

Enfin, pour leur activité de location longue durée de véhicules, il va falloir faire évoluer les offres, de la tarification aux modèles de distribution, afin d’accompagner les nouveaux usages de mobilité, d’une consommation individuelle et unitaire du transport vers un forfait tout-compris mensuel.

Quelle est la situation actuellement et quels sont les freins ?

Le projet d’un véhicule capable de rouler sans conducteur n’est pas nouveau. On en trouve des prémices dans les visions futuristes des constructeurs dès la fin des années 30. La ruée actuelle vers ce concept est néanmoins réapparue suite à l’annonce de la voiture autonome de Google, Waymo, en 2009.

Pour l’instant, tous les acteurs du secteur en préparent l’avènement. Les constructeurs automobiles en sont à l’expérimentation et font circuler leurs prototypes sur les routes et autoroutes françaises. Les banques en sont à l’étude et mettent sur place des observatoires et équipes de recherche notamment au sein de leurs filiales de crédits à la consommation, d’assurance et de location de voitures.

La voiture autonome devra néanmoins faire face à de nombreux freins. Pour se faire adopter par le public, elle devra tenir ses promesses, en particulier concernant la sécurité. Or le nombre d’accidents – parfois mortels comme ce fut le cas avec le robotaxi d’Uber en Arizona en mars 2018 – s’accumulent au fil des kilomètres parcourus par les prototypes. La voiture robot pose également un risque de sécurité nationale, le système pouvant être victime de hackings massifs.

A ceux qui douteront de ses bénéfices se joindront ceux pour qui la voiture n’est pas simplement un moyen de transport mais aussi une activité de plaisir, un loisir au quotidien.

Enfin, au-delà de l'aspect purement technique et culturel, l'apparition de la voiture autonome dans nos sociétés touche le problème de la responsabilité, et donc la réglementation. La circulation routière de plus d’un milliard de véhicules n’est pas une activité banale. Elle est encadrée par une convention internationale conclue à Vienne le 8 novembre 1968 - document central qui rend la circulation possible sur l’ensemble de la planète avec des règles communes. La modification de cette convention sera un chantier titanesque.

De quelle manière voyez-vous le secteur lié à la mobilité évoluer ?

L’évolution du secteur accompagnera les habitudes de consommation, d’une voiture achetée unitairement à des véhicules copartagés et payés mensuellement. Les services de mobilité seront intimement liés à l’avènement de la voiture totalement autonome, qui est l’aboutissement d’un processus long, depuis un stade transitoire où les fonctions autonomes cohabitent avec le conducteur pour, progressivement, laisser place à la machine : sans les pieds, puis sans les mains, puis sans les yeux, puis sans aucune attention humaine. Il est communément admis que l’autonomie de niveau 4 (conduite autonome sous conditions) sera atteint dans les 5 prochaines années, en revanche le niveau 5 (dernier niveau, conduite autonome dans toutes les situations) ne pourra être atteint que dans plusieurs dizaines d’années.

L’innovation ne sera pas limitée au transport routier (voitures et camions), elle touchera aussi à terme les autres modes de transport : trains, bateaux et avions.

 

Sia Partners

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