• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
15/10/2018

Gestion de la liquidité bancaire et crypto-monnaies : Réflexions des banques centrales et perspectives futures

Dans le précédent article, nous avions présenté l’enjeu, aujourd’hui conséquent, du recours à la Blockchain au sein des établissements bancaires. Au travers d’une série d’exemples récents d’utilisation de cette technologie, les banques assument aujourd’hui leur capacité à utiliser et/ou développer des solutions innovantes afin d’optimiser leur activité, notamment en ce qui concerne le transfert digitalisé de titres ou encore l’échange d’actifs liquides cryptés. Nous avions également vu que malgré cet engouement constaté, les banques n’ont pas aujourd’hui franchi le pas de la crypto-monnaie : cette potentielle rupture est aujourd’hui conditionnée par l’avis du superviseur.

Panorama des réflexions du superviseur concernant les monnaies digitales des banques centrales

Conscient de l’absence de cadre réglementaire d’une part, mais également de l’intérêt que suscitent les crypto-actifs (non seulement pour le grand public mais surtout pour les établissements financiers) d’autre part, les organismes de supervision traitent à ce stade la question en se focalisant sur le cas des monnaies digitales émises par les banques centrales elles-mêmes.

La Banque des règlements internationaux (BRI) a récemment publié un rapport[1] réalisé par le Comité des Paiements et des infrastructures de marché (CPMI en anglais, regroupant un total de 25 banques centrales, dont la Banque de France) et le Comité des marchés (MC) portant sur les CBDC (« Central Bank Digital Currency » ou Monnaies digitales des banques centrales). Les conclusions de ce document assument qu’un potentiel immense existe (notamment en ce qui concerne les paiements interbancaires, les règlements et la compensation). La BRI complète ce constat en formulant des points d’attention afférents, pour certains, à la gestion de la liquidité au sein des établissements financiers, en cas d’émission importante de monnaies digitales, de facto largement accessibles :

Le risque, en cas de situation de stress systémique, de fuite de dépôts des ménages et d’autres agents économiques vers des monnaies digitales « sans risque » émises par des banques centrales, ces crypto-monnaies étant susceptibles d’amplifier et d’accélérer cette fuite (en dépit de la présence de systèmes de garanties des dépôts).

Le renchérissement potentiel des coûts de financement pour les établissements financiers dans l’hypothèse où ces derniers entreraient en concurrence avec leur propre banque centrale.

Le rapport montre en effet que la mise en place d’une CBDC repose sur la « tokenisation » de la monnaie de la banque centrale (wholesale CBDC) qui, aujourd’hui, n’existe que sous deux formes : l’argent détenu sur les comptes en banque centrale (par les banques commerciales généralement) et l’argent liquide en circulation.

A l’heure actuelle, les transactions entre banques se font en majeure partie au niveau de la banque centrale via TARGET2 (système de clearing). La tokenisation de ces unités de compte permettrait d’outrepasser les mécanismes de compensations et de réconciliation en banque centrale, en permettant à toutes les banques d’opérer en argent central de manière plus efficace et ainsi optimiser sa gestion de la trésorerie ainsi que de sa liquidité en général.

Illustrations d’enjeux du recours aux crypto-monnaies pour la gestion de la liquidité bancaire

Au-delà des enjeux et des risques pointés ci-dessus que devront notamment anticiper les départements ALM des banques, mettons à présent en exergue les principaux atouts de cette nouvelle forme d’actif, relativement à une devise fiduciaire « classique ».

Ces atouts peuvent se traduire tout d’abord en termes de délai et de coût. En effet, le recours à des monnaies digitales permettrait d’abaisser les coûts des paiements internationaux et des infrastructures de marché financier en allégeant les procédures d’exécution des transactions. Cela induirait également une réduction des délais des transactions inhérentes, entre autres, aux opérations de trésorerie, et permettrait l’optimisation des excédents de trésorerie requis pour subvenir traditionnellement aux décalages de paiement.

Par ailleurs, le recours aux crypto-monnaies induit, par nature, une diminution potentielle du nombre d’intermédiaires au sein de la chaîne de valeur d’une transaction financière ou permet de lever certaines barrières juridiques, ce qui conduit, in fine, à une fluidification des échanges. Les monnaies digitales pourraient contribuer à l’optimisation des réserves de liquidité des établissements et de leurs ratios réglementaires incorporant la mesure de cette réserve (à l’image du LCR, susmentionné). A titre d’illustration, dans la configuration d’un groupe bancaire français disposant de filiales à l’étranger (aux Etats-Unis, au Royaume-Uni…), la liquidation d’actifs de ces filiales en cas de crise pour bénéficier de liquidité fraiche au niveau de la holding du groupe peut traditionnellement s’avérer plus longue et faire l’objet de contraintes juridiques de transférabilité d’actifs.

Les monnaies digitales pourraient permettre de s’affranchir de tout ou partie de ces contraintes et dès lors d’optimiser les réserves de liquidité des établissements (cf. exemple de la plateforme HQLA-x, mentionné plus haut, ou le libre-échange de DCR pourrait permettre, dans un futur proche, un transfert de propriété des titres sous-jacents sans la nécessité de déplacer les titres sur le plan opérationnel). Par ailleurs, les monnaies digitales pourraient contribuer à une amélioration de ces réserves en faisant fi de la contrainte de détention de réserves par devise pour les établissements disposant d’activités dans plusieurs zones géographiques.

Globalement et par extension, les crypto-monnaies pourraient engendrer, dans une mesure restant à déterminer, une optimisation de la liquidité bancaire, en l’allouant davantage à l’activité commerciale, génératrice de MNI[2].

Quelles perspectives peut-on envisager sur l’impact futur des crypto-monnaies sur les pratiques de gestion de la liquidité bancaire ?

En synthèse, il est clair que l’utilisation des crypto-monnaies suscite encore une appréhension non négligeable au sein des établissements financiers et des organismes de régulation. En attendant, les DLT ont pris le pas sur les crypto-monnaies dans les banques, ces dernières sont d’ailleurs souvent interdites au niveau de la banque et de leurs employés, ce qui explique pourquoi les établissements ne sont aujourd’hui pas prêts à prendre le risque financier lié à la volatilité ou même le risque de réputation.

Cependant, dès lors que l’on s’attarde sur les potentiels effets bénéfiques que ces nouvelles formes de monnaies pourraient engendrer du point de vue de la liquidité bancaire, il est probable que de nouvelles pratiques viennent disrupter les modèles de pilotage préalablement établis, sous réserve que ces nouvelles monnaies soient davantage encadrées réglementairement dans le futur.

 

Sia Partners

Notes & Références:

[1] Rapport de la BIS

[2] Marge Nette d’Intérêts

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top