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17/05/2016

IRBA – Imposed Regulatory Based Approach, ou la fin des modèles internes

Au titre d’une comparabilité de la charge en RWA entre les institutions financières, le comité de Bâle vient d’émettre une consultation qui signe la fin des modèles internes pour le calcul du risque de crédit.

Pour tous ceux qui sont dans les directions des risques depuis le lancement de Bâle II, ceux qui sont actuellement en train de faire valider leurs modèles internes, ceux qui se sont penchés sur les solutions possibles de calibration et qui ont fait tourner des backtestings laborieux, cette nouvelle n’est pas ressentie comme un choc, tellement elle était attendue depuis longtemps, mais comme du gâchis.

Les modèles internes pour les contreparties bancaires, les institutions financières et les grands corporates ne vont plus pouvoir être utilisés pour le calcul de la charge en capital. D’après le régulateur, il n’y a pas assez de défauts, donc pas assez d’information pour calibrer les modèles. Constat véridique actuellement, mais également à l’époque Bâle II quand l’utilisation des modèles internes a été imposée par les régulateurs aux banques.

Si ces modèles internes n’étaient pas parfaits, l’incitation réglementaire d’adopter les approches IRB fondation et avancée (F-IRB et A-IRB) a réellement initié la montée en force des directions des risques. A signaler également que la réforme Bâle II, qui a démarré dans un contexte de croissance, et pas après ou lors d’une crise, a véritablement posé les bases d’une gestion approfondie des risques de crédit.

La construction des modèles internes a été l’occasion de se poser les bonnes questions : avons-nous assez de données, sont-elles correctes, sont-elles stockées et mises à jour ? La première étape pour tout modèle qui veut se prétendre correct. Deuxième étape, avons-nous les équipes, les process et les systèmes pour effectuer, valider et utiliser les calculs? Les fondements de la structure actuelle des directions des risques ont été posés autour de cette introduction des modèles internes, initiée par les régulateurs.

Il serait intéressant d’imaginer comment la crise de 2008 aurait été gérée sans l’introduction des modèles internes dans la gestion des risques. Les directions des risques n’avaient certainement ni le même poids ni la même influence qu’aujourd’hui mais elles étaient déjà plutôt renforcées et mieux préparées pour faire face à la crise.

Ce document consultatif introduit des contraintes pour l’utilisation des modèles internes et propose l’utilisation des méthodes standards pour les contreparties bancaires et financières, les grands corporates et les equities. Le financement spécialisé passe également en méthode standard (ou slotting).

IRBA – Imposed Regulatory Based Approach, ou la fin des modèles internes souverains banques corporates financement spécialisé exposition de détail expositions equity en cours de revue standard approach IRB SA ou slotting A-IRB

Les régulateurs maintiennent les modèles internes pour l’estimation du risque de contrepartie, IMM-CCR mais avec un floor basé sur la méthode standard. La tentative d’introduire une méthode interne pour le CVA est définitivement abandonnée. Concernant l’IMA CVA, l’abandon du modèle interne paraît plus logique, sachant que son effet serait marginal au vue d’une utilisation généralisée des contreparties centrales et l’introduction de règles pour les appels de marge pour les dérivés non-compensés.

Autant nous pourrions admettre qu’un modèle interne pour les financements spécialisés était assujetti aux particularités de ce périmètre et sa calibration s’avérait délicate, autant les modèles bancaires et corporate ont fait preuve de robustesse, résultat d’un travail continu et d’une expérience de plusieurs années. Par ailleurs, nous pouvons nous demander si les écueils de modélisation sont suffisants pour remettre en question les modèles internes. Car si on considère, par exemple, le cas des financements spécialisés le coût en capital va exploser en méthode standard et ce coût va être répercuté au coût du financement pour un secteur clé de l’économie européenne.

L’industrie financière est également inquiète du caractère prescriptif des réglementations quant à la modélisation de leurs risques. L’époque où les modèles internes étaient présentés par les régulateurs comme la seule approche « risk sensitive » semble bien lointaine. Le lancement de TRIM (Target Review Internal Model – Model Quality Review) va également participer à la tendance vers la standardisation. Sachant qu’il existe un superviseur pour 123 banques avec plus de 7000 modèles différents, la tentation d’un « one size fits all » comme benchmark va être très forte vue l’énormité de la tâche.

Avant les régulateurs proposaient les bases et donnaient les consignes pour un calcul de la charge en capital adaptée aux spécificités de chaque institution financière, source d’une réelle innovation en termes de gestion des risques, maintenant  - et cela à travers plusieurs consultations -, nous pouvons nous demander quelle sera la marge de manœuvre donnée aux banques pour suivre de façon intrinsèque leurs risques.

Tout cela est cohérent avec la tendance lancée depuis un bon moment d’abandon des modèles internes, en adéquation avec la fin de l’AMA pour le risque opérationnel, le calcul systématique de l’approche standard pour le risque marché et l’introduction des floors un peu partout. Le document de consultation écrit de façon explicite que l’objectif de l’introduction des floors est de décourager l’adoption des modèles internes quand les risk weights sont significativement différents de ceux utilisés pour les méthodes standards.

La tâche pour les institutions financières ne va pas être triviale. Car c’est à l’industrie financière de démontrer que leurs modèles internes non seulement captent mieux le risque mais garantissent également un meilleur traitement d’octroi des crédits et sont in fine essentiels pour leur business. TRIM va bientôt démarrer et nous ne sommes qu’à la phase consultation du papier Bâlois concernant les contraintes pour l’utilisation des modèles internes. A démontrer alors que la qualité et la quantité des données sont disponibles, l’avantage informationnel sur le  reste du marché est réel, et les techniques de modélisation et de validation sont robustes. Le défi est réel !

Sia Partners

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