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12/04/2016

La vision d'acteurs de la Place sur la Revue Fondamentale du Trading Book, après la publication du texte final

Jacques Debes et Martin Delloye, experts réglementaires de Risk & Regulatory Strategy, Risk Function chez BNP Paribas partagent avec nous leur vision de la Revue Fondamentale du Trading Book, après la publication du texte final.

Vous travaillez depuis la genèse de la Revue Fondamentale du Trading Book (RFTB), quel est votre avis sur le texte final ?

La FRTB est un projet ambitieux dont nous partageons les objectifs initiaux : notamment une frontière moins facilement arbitrable, une approche avancée plus cohérente, une approche standard plus adaptée. Cependant, la mise en œuvre de chacun de ces piliers soulève un certain nombre de problèmes qui ne sont pas réglés à ce stade.

Malgré la publication du texte final, le processus n’est pas finalisé puisque certains éléments de calibration vont être revus en 2016. Qui plus est, le texte doit encore être transposé en droit européen, et des ajustements/clarifications mineurs sont encore possibles lors de cette dernière étape.
 

Commençons par la frontière, quels sont les principaux enjeux de la revue de la frontière Trading book vs. Banking book ?

Les régulateurs ont voulu définir des règles plus précises pour limiter le risque d’arbitrage de capital entre trading book et banking book. Le texte bâlois  reconduit assez largement le principe actuel de classification fondée sur l’intention de gestion ce qui est plutôt positif, car une vision comptable  définissant le trading book comme étant composé des instruments classés en HFT a été un moment envisagée.

Parmi les nouvelles mesures instaurées par le comité de Bâle, on peut citer :

  • La création d’une liste d’instruments classés automatiquement dans le banking book,
  • La création d’une liste de présomptions d’instruments réputés appartenir au trading book avec possibilité de déroger à la règle moyennant justification et autorisation préalable du superviseur. La réactivité du superviseur sera une condition sine qua non au bon fonctionnement du système en cas d’écart par rapport à la liste des présomptions,
  • La non réduction des exigences en fond propres lorsqu’un instrument est reclassifié.

Quid des règles IRT (Internal Risk Transfer) proposées ?

Les nouvelles règles encadrant les transferts de risque internes sont conservatrices. Le transfert du risque action va être soumis aux mêmes règles que le transfert de risque de crédit : pour que le transfert soit reconnu le risque doit être transféré en back-to-back dans le marché, ce qui réduit considérablement l’avantage compétitif d’une banque qui a développé un savoir-faire en structuration d’émissions privées avec coupon indexés action et gère ce risque en interne. D’une part, une telle banque ne pourra plus gérer le risque action en interne et d’autre part, elle sera obligée d’exhiber dans le marché la structure exacte proposée au client.

Concernant les transferts internes de risque de taux, le pire a été évité dans la mesure où l’exigence de back-to-back dans le marché, un temps envisagé, a été levée. Toutefois, le traitement retenu qui prévoit que le transfert n’est reconnu que s’il est retourné dans le marché ou traité avec un desk de trading dédié et capitalisé de façon indépendante ne paraît pas satisfaisant. Il paraît en effet assez légitime de pouvoir reconnaître la diversification de positions taux transférées du banking vers le trading book avec les autres positions du trading book dans la mesure où elles sont gérées de la même façon.

Enfin, ces nouvelles risquent d’inflater sensiblement le risque de contrepartie puisque les banques sont incitées à couvrir le risque dans le marché plutôt qu’à le gérer en interne.

Quels sont les principaux changements induits par la revue de l’approche modèle interne ?
 

L’approche modèle interne a en effet été revisitée en profondeur :

  • le cadre général est plus cohérent :
    • la somme de VaR et stress VaR 99% laisse place à une stress Expected Shortfall 97.5%  censée mieux capturer le risque de pertes extrêmes,
    • les facteurs de risque non modélisables sont capitalisés à part
    • la « Default Risk Charge » ─ successeur de l’IRC ─ ne capture plus que le risque de défaut.
  • La revue fondamentale du trading book sonne la fin de l’horizon de risque à 10 jours pour la VaR et la stress VaR. Le risque de liquidité est à présent capturé avec l’introduction d’horizon de liquidité différentié par facteur de risque allant de 10 à 120 jours.
  • Enfin, un autre changement fondamental est la validation de l’approche modèle interne par trading desk et non plus au niveau global.

Certains aspects de la nouvelle approche modèle interne suscitent des interrogations :

  • D’abord le fossé se creuse entre la mesure utilisée pour le calcul du capital et les indicateurs utilisés par les analystes pour  suivre les risques au quotidien. Le fameux « use test » n’est apparemment plus une préoccupation majeure du comité de Bâle,
  • L’introduction d’horizons de liquidité différenciés par facteur de risque et la possibilité de les réhausser par facteur de risque et par desk pour une meilleure reconnaissance des relations exposition-couverture nécessite une analyse méticuleuse  du portefeuille.
  • Les critères de « modellabilité » d’un facteur de risque paraissent très prescriptifs et les règles de  capitalisation des facteurs de risque non modélisables conservatrices. La quantification de cette nouvelle charge sera longue et fastidieuse si bien que, de façon générale, les banques n’ont pas encore d’estimation précise de la charge en capital liée aux facteurs de risque non modélisables. En outre, la nécessité d’archiver des historiques de prix réels pour chaque facteur de risque sera opérationnellement très coûteuse.

La DRC constitue-t-elle une réelle avancée par rapport à l’IRC ?

Toutes les positions du portefeuille de négociation qui présentent un risque émetteur se voient attribuer une charge en capital pour risque de défaut (DRC pour Default Risk Charge en anglais). En particulier, les expositions souveraines, les positions equity et les positions en défaut sont concernées par la DRC.

La charge pour risque de défaut est calculée en approche modèle avancée si le desk est en modèle avancé. Un desk qui se verrait invalidé pour le modèle interne l’est également pour le risque de défaut qui est alors calculé en approche standard.

Par souci de cohérence, le risque de défaut ne capture que le défaut, comme son nom l’indique, et non plus le risque de migration. En effet, comme souligné par le texte de Bâle, le risque de migration est déjà capturé par l’expected shortfall.

Cependant certains aspects de la DRC en modèle interne vont être complexes à mettre en œuvre, d’autres devront être clarifiés. Il en est ainsi de la calibration des corrélations de défaut, la capture des asymétries de maturité ou encore l’exigence d’utiliser des LGD IRBA y compris pour des expositions qui ne sont pas dans le portefeuille bancaire.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la validation des modèles internes ?

La validation du modèle interne constitue un élément majeur de l’approche modèle interne. En effet si le modèle interne continue d’être validé au niveau global il doit aussi l’être au niveau des desks avec à la clef la possibilité de voir certains desks invalidés pour l’utilisation du modèle interne et l’obligation d’être capitalisés en approche standard.

La qualité des modèles et leur capacité à bien capturer les risques aux niveaux des desks se fait principalement par le biais de deux types de tests :

  • des tests de P&L attributions qui contrôlent la sensibilité des modèles : exhaustivité des facteurs de risques modélisés et qualité des pricers des modèles de risque ;
  • des tests de backtesting contrôlant le caractère conservateur des modèles.

Si le principe de ces tests fait sens, ceux-ci pourraient avoir des conséquences dommageables en cas de mauvaise calibration. En effet, passer en approche standard signifie d’une part une charge parfois significativement plus élevée pour les desks concernés et d’autre part une perte de la diversification pour les desks restant en approche modèle interne. La calibration apparaît donc comme un point crucial.

Un bon découpage des desks prend également de l’importance : trop granulaire il pourrait mener à un trop grand risque de voir certains d’entre eux invalidés pour l’approche modèle interne, trop grossier il ferait prendre un risque important en cas de basculement de l’un d’entre eux en approche standard. Enfin, ce nouveau découpage du portefeuille de négociation devra se faire, autant que possible, en cohérence avec les nombreuses autres hiérarchies définies par d’autres réglementations (loi bancaire française, Volker rule).

Pouvez-vous nous livrer vos impressions et votre analyse de la revue de l’approche standard ?

Avant tout, il convient de rappeler que l’exigence en capital au titre de l’approche standard est la somme de trois composantes :

  • Une charge pour les risques liés à des sensibilités (grecques), la Sensitivities Based Method (SBM)
  • Une charge pour risque de défaut, la Default Risk Charge (DRC)
  • Une charge pour risques non capturés par la SBM et la DRC, le Residual Risk Add-On (RRAO).

La SBM s’appuie sur trois composantes de risque différentes : le risque delta qui sert de base pour la capture des risques linéaires, et deux composantes additionnelles que sont le risque vega et le risque de curvature qui s’appliquent aux produits avec optionalité. Le risque vega évalue le risque de variation des prix en fonction de la volatilité future attendue. Le risque de curvature  capture quant à lui le risque non-linéaire qui n’est pas pris en compte par le risque delta.

Notre avis sur la SBM est partagé. Si beaucoup d’efforts ont été mis en oeuvre pour créer une approche sensible au risque, celle-ci consiste néanmoins à empiler beaucoup d’éléments : les trois types de risques susmentionnés, cinq classes d’actifs (Taux, Change, Crédit, Action et matières premières), sans compter la titrisation. Il est aussi à regretter qu’il ait été ajouté au texte une charge pour autres risques, le Residual Risk Add-On, qui est une métrique particulièrement insensible aux risques, totalement proportionnelle aux volumes, puisqu’elle n’est que le produit des montants notionnels avec un facteur de pondération. Cependant, il est indéniable que l’approche standard de la FRTB est une amélioration sensible par rapport à l’existant Bâle III et par rapport à l’option de se baser sur les cash-flows comme il avait été un temps envisagé.

Le traitement de la titrisation a été fastidieux puisque le Comité souhaitait rester dans le cadre général d’une charge SBM et d’une DRC difficile à adapter à la titrisation. Pendant un temps il en résultait des charges largement surévaluées. Ce point a été largement amélioré dans le texte final avec une calibration de la SBM revue à la baisse et une meilleure prise en compte des hedges pour la DRC du portefeuille de corrélation.

Pour conclure, que pensez-vous du timing de cette réforme, est-il serré ?

Si le timing peut être serré pour les banques, il risque de l’être encore plus pour les régulateurs et superviseurs qui auront deux ans et demi pour transcrire le texte de Bâle et valider les modèles  internes des banques. En effet, une date d’application au 1er Janvier 2019 implique une transcription en règlementation locale au 1er Janvier 2018 au plus tard avec des banques capables de générer leurs historiques de back-testing et P&L attribution à partir de cette même date. Comme souvent, il est aussi vraisemblable que les investisseurs regarderont la capitalisation des activités de marché en mode FRTB bien avant la date d’application.

Ces propos n'engagent pas le Groupe BNP Paribas.

Sia Partners

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