• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
04/08/2015

Quantitative Easing de la BCE : de premiers résultats ?

Le 9 mars 2015, la Banque Centrale Européenne (BCE) lançait officiellement son programme de rachat d’actifs dans le cadre du « Quantitative Easing » (QE) ou « assouplissement quantitatif ». En complément des actions déjà entreprises par la BCE (taux directeurs maintenus au plus bas niveau et rachat de titres privés), ce programme de rachat de dettes du secteur public (Public Sector Purchase Programme ou PSPP) a pour principal objectif d’injecter de la liquidité dans le système financier afin notamment de permettre à la BCE de respecter l’un de ses principaux mandats : maintenir l’inflation juste en dessous de 2% et par là éloigner les menaces déflationnistes. 

La BCE s’est en effet engagée à racheter tous les mois 60 milliards d’euros d’actifs (principalement des dettes souveraines), et ce jusqu’en septembre 2016, soit un montant total d’environ 1 140 milliards d’euros.

Plus de six mois après l’annonce du premier QE européen de cette ampleur par Mario Draghi (président actuel de la BCE) le 22 janvier dernier, et quatre mois après son lancement, un bilan intermédiaire sur les premiers résultats obtenus par ce programme peut être dressé. Les résultats sont la réponse des marchés au QE, les effets durables sur l’économie réelle ne pouvant être constatés que sur le moyen et long terme. Dans ce contexte, il est possible de mettre en exergue les impacts du QE à travers des indicateurs suivants :

  1. l’inflation,
  2. la taille du bilan de la BCE,
  3. le taux de change et
  4. la balance commerciale.
  5.  

Dans le cadre d’un second volet à paraître prochainement, les effets du QE seront également analysés à travers les marchés obligataires et actions ainsi que la distribution des crédits.

L’inflation

Pour soutenir l’inflation ou tout du moins prévenir la déflation, la BCE achète des titres afin de réinjecter un volume significatif de liquidités dans l’économie et de favoriser indirectement l’augmentation d’octrois de crédits.

Force est de constater qu’en France, l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) (tout comme l’IPC Harmonisé pour la zone euro) a légèrement augmenté, induisant ainsi une hausse du taux d’inflation (graphiques 1 et 2 ci-dessous). Après quatre mois d’inflation négative, largement alimentée par la baisse des prix du pétrole, la spirale de la déflation semble s’éloigner avec un retour au-dessus du seuil de 0% depuis avril et un maintien de l’inflation à 0,2% depuis le mois de juin.

Graphique 1 : Evolution de l’IPC depuis le début du QE

IPC indice des prix à la consommation PPSP Evolution de l’IPC depuis le début du QE

Graphique 2 : Evolution de l’inflation dans la zone euro

Evolution de l’inflation dans la zone euro taux d'inflation basé sur l'IPCH global zone euro

Cette tendance devrait se poursuivre les prochains mois notamment si elle est soutenue par des actions budgétaires de relance de la part des gouvernements de la zone euro.

Taille du bilan de la BCE

L’augmentation de la taille du bilan de la BCE avait été annoncée par Mario Draghi comme un objectif du QE, même s’il refuse de la considérer comme une fin en soi. Au 6 mars dernier, soit juste avant le lancement du programme de rachat d’actifs, le bilan de la BCE s’élevait à 2 135 milliards d’euros. Le QE doit permettre à celle-ci de retrouver une taille de bilan semblable à celle de mars 2012, soit environ 3 000 milliards d’euros. Le 5 juin, c’est-à-dire près de trois mois plus tard, la BCE affichait déjà un bilan de 2 428 milliards d’euros (graphique 3 ci-dessous). De plus, le scénario d’une pénurie de dettes publiques, évoqué par certains, ne semble pas se produire. Tout cela renforce donc la crédibilité de l’objectif visé.

Graphique 3 : Evolution de la taille de bilan de la BCE de septembre 2014 à juin 2015 

Evolution de la taille de bilan de la BCE de septembre 2014 à juin 2015  taille de bilan de la BCE

La dépréciation de l’euro…

Le programme de « Quantitative Easing » doit aussi permettre d’actionner le levier de la monnaie. La quantité bien plus importante d’euros en circulation, rémunérée de surcroit à des taux plus faibles, doit se traduire par une dépréciation de cette monnaie. Le taux de change EUR/USD a subi une nette baisse se rapprochant de plus en plus de la parité (graphique 7 ci-dessous). Toutefois, cette tendance baissière semble s’endiguer depuis fin mars.

Graphique 4 : Evolution du taux de change de euro / dollar de juin 2014 à juin 2015

Evolution du taux de change de euro / dollar de juin 2014 à juin 2015 taux de change eur/usd

…Favorisant les exportations

Cette dépréciation de l’euro est favorable aux exportateurs. Globalement, le solde de la balance commerciale de la zone euro est devenu davantage excédentaire durant le premier trimestre 2015, en atteste le graphique 8, lui qui avait considérablement baissé en décembre 2014. A cet égard, l’Allemagne est particulièrement bien lotie puisqu’elle importe considérablement hors de la zone euro, bien plus en proportion que la France pour laquelle beaucoup d’échanges tendent à se faire à l’intérieur de la zone.

Graphique 5 : Balance commerciale mensuelle de la zone euro de juin 2014 à mai 2015

Balance commerciale mensuelle de la zone euro de juin 2014 à mai 2015 balance commericale

Premières conclusions pour le QE

En réalité, les marchés n’ont pas attendu mars pour réagir au QE mais l’ont anticipé bien avant. Celui-ci a eu des effets sur l’inflation, ainsi que sur le taux de change euro/dollar dopant ainsi les exportations européennes.

Pour l’instant, au vu des premiers effets constatés, le QE semble donc plutôt bien parti pour atteindre in fine ses objectifs. Cependant, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir : nous sommes toujours loin de l’objectif d’inflation de 2% et d’une taille de bilan de la BCE à 3 000 milliards d’euros. Dans cette mesure, il semblerait que ce programme se poursuive bien jusqu’en septembre 2016 en dépit des rumeurs d’arrêt prématuré. Si ces objectifs sont atteints avant ce jalon, se posera alors la question de l’atterrissage : comment réagiront les marchés et l’économie à un arrêt prématuré du rachat d’actifs par la BCE voire même peut-être à la vente de ces titres ? La BCE ne souffrira-t-elle pas de pertes importantes ? A cette dernière question, la réponse semble être plutôt encourageante : la BCE a limité le partage des risques entre pays : ainsi seulement 20% des achats représentent une exposition directe de la BCE avec risque mutualisé, le reste étant porté par les banques nationales.

Sia Partners

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top