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22/01/2020

Risques climatiques : des stress tests pour les banques en 2020

Lors de la cinquième édition du Climate Finance Day qui s’est tenu le 29 novembre 2019, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a indiqué que les banques françaises seront soumises, en 2020, à des stress tests climatiques afin d’évaluer leur résistance aux changements climatiques.  Ce discours fait suite à la volonté de l’Autorité bancaire européenne (EBA) d’élaborer d’ici juin 2021 « un rapport proposant la manière d’inclure dans l’exercice de supervision annuelle des autorités nationales les critères induits notamment par les risques liés aux changements climatiques ».  Ce rapport oblige les régulateurs nationaux à contrôler que les fonds propres des banques soient suffisants pour couvrir les risques climatiques et ainsi à réfléchir à l’élaboration de stress tests climatiques.

Un contexte de plus en plus urgent

La question du dérèglement climatique n’épargne pas le secteur des services financiers. Ainsi, dès décembre 2017, à l’issue du One Planet Summit, huit banques centrales et régulateurs bancaires ont décidé de créer le Network for Greening the Financial System (NGFS). Cette organisation, qui compte aujourd’hui 40 membres composés de banques centrales et de régulateurs bancaires, a pour objectif principal de mener des actions dans la prise en compte des changements climatiques dans le secteur financier. En France, la Banque de France et l’ACPR font partie des membres fondateurs de cette organisation, la Banque de France y assurant même le secrétariat. 

Le premier rapport du NGFS datant d’octobre 2018 mettait déjà en garde le secteur financier sur les risques pouvant découler des changements climatiques. Ce rapport ajoutait également que les banques centrales et les instances de régulation devaient tenir un rôle clé afin de « veiller à la résilience du système financier face à ces risques ».

Faisant suite à ce rapport, François Villeroy de Galhau, lors d’un discours donné en avril dernier dans le cadre d’une conférence NGFS, dresse un plan d’actions pour les banques dans leur gestion des risques climatiques. Il précise alors que la première action à mener est de réaliser une « photographie des risques » en intégrant les risques liés aux changements climatiques. Une fois cette « photographie des risques » établie par les banques centrales et les superviseurs, les banques devront y appliquer différents types de scénarios pour estimer leur propre résistance à ces risques. Ainsi, le gouverneur de la Banque de France commence déjà à évoquer la mise en place de stress tests climatiques pour les banques.

Des risques climatiques et des scénarios à définir en amont

Ces stress tests ont pour but de s’assurer que les fonds propres des banques sont suffisamment importants pour faire face aux risques climatiques. La mise en place de stress tests suppose de définir au préalable les risques climatiques et les différents scénarios auxquels seront confrontés les banques, ce qui permettra de mesurer l’impact desdits risques et les exigences en fonds propres nécessaires pour y faire face. Même si les modalités des stress tests n’ont pas encore été définies, de nombreux travaux ont déjà été engagés et permettent d’avoir une première idée de ce qui attend les banques françaises.

Un rapport réalisé conjointement par l’ACPR, la Banque de France et la Direction du Trésor permet d’établir une première définition des risques climatiques et des scénarios applicables dans le cadre des stress tests climatiques. Cette première définition est ensuite complétée par une note de l’ACPR adossée à la Banque de France datant d’octobre 2019.

Ainsi, cette note de l’ACPR définit deux catégories de risques climatiques : les risques physiques et les risques de transition.

Les risques physiques correspondent aux aléas climatiques (conséquence du changement climatique) qui affectent les biens et les personnes. Parmi ces aléas climatiques, on distingue ceux qui affectent directement les sites bancaires (correspondant ainsi à un risque opérationnel) et les aléas climatiques qui vont impacter des contreparties non-financières comme les ménages ou les entreprises auxquels les banques ont accordé des prêts par exemple.

Les risques de transition correspondent quant à eux aux risques liés aux ajustements nécessaires pour arriver à une économie respectueuse des Accords de Paris, c’est-à-dire empêchant un réchauffement climatique supérieur à 2°C d’ici à 2100. Pour atteindre cet objectif, les scientifiques préconisent des avancées technologiques majeures (en particulier dans la production d’énergie sans carbone), un renforcement des politiques en matière de lutte contre le réchauffement climatique ou encore un changement comportemental de la part des consommateurs. L’application de ces préconisations peut avoir des conséquences sur l’actif des établissements bancaires. En effet, les secteurs les plus émetteurs de carbone ne représentent pas moins de 12,2% des encours nets des banques en 2017 (source : ACPR, données au 31 déc. 2017).  

Une fois ces risques climatiques définis, il faut établir des scénarios auxquels les banques seraient susceptibles de faire face. La banque centrale des Pays Bas (De Nederlandsche Bank) fait ici office de précurseur en ayant déjà défini quatre types de scénarios dans le cadre de sa réflexion sur les stress tests climatiques : un scénario de chocs réglementaires, de chocs technologiques, des deux cumulés et de chocs de confiance. Ces scénarios permettent essentiellement de mesurer l’impact des risques de transition. Il est fort à parier que ces scénarios puissent inspirer l’EBA dans la rédaction de leur rapport décrivant les scénarios des stress tests climatiques.

En outre, des scénarios permettant de mesurer l’impact des risques physiques devraient certainement être établis. Ces derniers devraient s’appuyer sur les prévisions des scientifiques et des climatologues. Ainsi, les scénarios porteraient sur des prévisions de hausse de la température, de hausse des émissions de gaz à effets de serre (GES), de montée des eaux ou encore de sécheresse. Il est néanmoins assez difficile d’établir des scénarios climatiques réalistes, et il est encore plus difficile de mesurer leur impact sur les risques physiques. Par conséquent, on imagine à quel point il peut être compliqué de définir les fonds propres nécessaires pour y faire face.

Des stress test bénéfiques pour les banques 

Ainsi, les stress tests climatiques, dans un premier temps, seront réalisés avec des scénarios qui permettront de mesurer l’impact des risques climatiques de transition (scénarios de chocs technologiques, de chocs réglementaires ou de chocs de confiance). Ces stress tests permettront aux banques d’ajuster leurs exigences de fonds propres pour faire face aux risques de transition. Les stress tests permettant de mesurer l’impact des risques physiques seront quant à eux plus difficiles à mettre en place.

A l’heure où l’écologie semble être le véritable combat de notre siècle, force est de constater que ce dernier n’épargne pas le secteur financier. Selon l’ACPR, le montant des expositions des banques et assurances aux secteurs les plus carbonés s’élèverait à 862 Mds €. Par conséquent, les banques doivent s’armer et cela passe par la mise en œuvre de stress tests climatiques, contraignants et coûteux en développement, mais qui permettront in fine aux banques de s’assurer de leur stabilité.

L’année 2019 qui s’achève aura été une année charnière pour la finance durable. La Fédération Bancaire Française (FBF) précise qu’une vraie prise de conscience a eu lieu au sein des banques, ce qu’illustre parfaitement l’édition du Climate Finance Day. La France se positionne même en fer de lance de la finance durable. Après la prise de conscience, il est temps maintenant de passer aux actes et la mise en œuvre des stress tests climatiques sera vraisemblablement la première action menée.

 

Sia Partners

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